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Musiques Métisses - Le Mandingue, Empire de la musique
Des rivages du Golfe de Guinée aux sables du Sahara, des forêts de la Côte atlantique aux dunes du désert, l'Empire Mandingue, fondé au XIIe siècle par Soudiata Keita, a permis à tous les peuples de cette immense région - bambaras, mandingues, bozos, peuls, songhaïs, wolofs, dioulas, dogons - de se forger une identité culturelle unique en Afrique de l'Ouest. Fruit de ces échanges et de ces métissages, la musique, souvent associée à la parole des griots - poètes, généalogistes, détenteurs de la mémoire historique et mythique - s'est enrichie et sophistiquée au fil des siècles. En terre mandingue, histoire et musique sont indissociables. Depuis la fondation de l'Empire Mandingue et jusqu'à nos jours, malgré les aléas de l'histoire (traites négrières, guerres civiles, colonisation), la tradition orale a perpétué la geste des empereurs et des seigneurs qui ont régné sur le Mali, la Guinée, la Sénégambie, une partie du Burkina Faso et du Niger, jusqu'au XVIe siècle.
Née sur ce terreau fertile, la musique a renforcé les liens qu'ont les habitants et les artistes de ces pays avec leur passé, mais elle les a aussi aidés à tendre la main au présent. Nulle autre partie du Continent africain ne connaît une telle profusion de talents et n'a produit autant d'artistes de renommée internationale. C'est aussi le résultat des échanges entretenus avec le monde Arabe, l'Europe et le Nouveau Monde. Une identité forte forgée au fil des siècles, métissée par de multiples influences a donné à ces musiques un caractère universel. Les musiques du monde mandingue se caractérisent par une élégance et par une classe incomparables. Qu'elles soient populaires ou savantes, rurales ou urbaines, elles ont toutes en commun une palette de couleurs d'une extrême richesse. Les instruments traditionnels à cordes (kora, ngoni, violon, kamelé ngoni), à lames (le balafon, joué par les griots dès le XIIe siècle), les percussions (djembé, tama, doundoun, calebasse), les flûtes pastorales se sont fondues tout naturellement dans la modernité. Les guitares acoustiques sont apparues très tôt (vers le XVIe siècle) apportées par les navigateurs portugais. Puis les colonisateurs européens ont introduit les tambours militaires, les batteries, les cuivres, les instruments électriques, les accordéons, les claviers... Ils ont aussi introduit leurs musiques populaires qui se sont répandues dans le pays mandingue via la radio. Tous ces apports ont contribué à élargir et à métisser les musiques locales qui, sans perdre leur âme et leur identité, se sont ouvertes sur le monde extérieur où elles ont facilement été adoptées. D'autant plus que le niveau des musiciens mandingues est remarquablement élevé. La tradition orale, transmise de génération en génération, et la pratique quotidienne dans des conditions souvent acrobatiques, ont donné naissance à une pléthore d'instrumentistes exceptionnels. C'est dans cette région que l'on trouve les meilleurs percussionnistes, joueurs de kora, de balafon mais aussi guitaristes, bassistes, batteurs d' Afrique. Mais l'instrument privilégié reste avant tout la voix. Le chant, sous toutes ses formes, est présent dans toute la région. Il accompagne les fêtes, les mariages, les semailles et les récoltes, la vie quotidienne des villes et des campagnes. Il est bien loin le temps où seuls les griots avaient l'apanage de la parole. Désormais cette pratique s'est démocratisée et les chanteuses et chanteurs sont devenus des héros dans la région. Il faut dire que la beauté des timbres vocaux, la somptuosité des mélodies, la diversité des arrangements, l'énergie et la fougue des artistes mandingues sont appréciés par un peuple cultivé et fier de sa culture. Ce qui est chanté a souvent autant d'importance que la musique. Les chanteurs accompagnent les mutations de la société, sont des témoins de leur temps. En cela ils perpétuent la tradition des griots. Les artistes présentés dans cette compilation, à la fois héritiers d'une grande tradition et novateurs, sont les ambassadeurs de cette culture issue de l'Empire mandingue. Tous se sont produits sur la scène du festival "Musiques Métisses". La plupart sont originaires du Mali et de Guinée. Ali Farka Touré, qui vient malheureusement de nous quitter, était un parfait gentleman, un sacré guitariste et un chanteur de blues comme on n'en trouve plus sur les rives du Mississipi. C'est à Niafunké, sur les bords du lac Débo, en pays Songhaï, qu'il a puisé son inspiration et forgé son style inimitable avant de jouer dans le monde entier.
Oumou Sangaré, la diva du Wassoulou, est sans doute la chanteuse la plus populaire du Mali, mais c'est aussi celle qui s'exporte le plus. Sa voix profonde et chaude, l'originalité de ses compositions, ses prestations scéniques et sa sincérité lui confèrent un statut de star qui a débordé du continent africain.
On ne présente plus Salif Keita, le plus grand chanteur du Mandingue. Issu de la noblesse, descendant de Soudiata Keita, il a bousculé les vieux tabous. C'est un musicien accompli, ouvert à toutes les aventures dont chaque disque possède une couleur différente. Il excelle dans les tempos médiums et sa voix chargée d'émotion est une des plus belles d'Afrique. Adulé au Mali, il fait une carrière universelle unique que pourrait lui envier bien des rock stars. Rokia Traoré, la petite dernière, est aussi une des plus talentueuse. Gracile et gracieuse elle est dotée d'une énergie indomptable. Son timbre de voix cristallin et léger est éloigné de celui de ses grandes soeurs, mais il possède un pouvoir d'envoûtement peu commun. De la poésie pure... Amadou et Mariam, le célèbre couple aveugle de Bamako, méritent et leur succès international et leur renommée locale. Entre blues mandingue et rock des sixties, leurs mélodies simples et entêtantes ont fait le tour du monde. Fraîcheur et spontanéité garantis. Boubacar Traoré, le troubadour, le folk singer de Kayes (nord-ouest du Mali) est aussi un grand de la musique mandingue. Dépouillée et mélancolique, la voix de "KarKar", accompagnée par sa "guitare sèche" est au service de chansons nostalgiques peu communes dans cette région. Nahawa Doumbia, l'autre grande voix du Wassoulou (la région de Sikasso, frontalière avec la Côte d'Ivoire) a un timbre de voix plus rugueux, plus soul que celui de Oumou Sangaré. Elle s'inspire en partie du répertoire sacré des chasseurs traditionnels et c'est une vraie "rockeuse". Djelimady Tounkara, chef d'orchestre et soliste du plus grand groupe de rock mandingue, le Super Rail Band, est un guitariste d'exception, un styliste élégant, un improvisateur hors pair, l'un des maîtres incontestés de la guitare africaine. Ba Cissoko. Ces jeunes musiciens, fils et neveux d'un des maîtres de la kora M'Bady Kouyaté, sont les représentants d'une génération qui bouscule et rénove la tradition. Sans complexe avec une énergie juvénile et un talent hors du commun, ils électrisent la kora, speedent et dynamitent le groove mandingue. Le funk de Conakry... Bembeya Jazz. Emmené par son guitariste halluciné Sékou "Diamond Fingers" Diabaté, ses cuivres rutilants, ses chanteurs inspirés, sa puissante rythmique, le Bembeya Jazz, premier orchestre moderne d'Afrique de l'Ouest est toujours là. Ce big band qui a fait chalouper le continent est une véritable institution de la musique guinéenne. Il a gardé intacte sa force de frappe. Super Rail Band. Créé peu de temps après le Bembeya (au début des années 70), mais à Bamako, le Super Rail Band demeure lui aussi une formidable machine à swinguer et à danser. Dirigé par Djelimady Tounkara, impérial et élégant à la guitare, il anime toujours les nuits de Bamako. Une leçon de jeunesse ! Mory Kanté. Guinéen, fils de griot, né à Kankan au coeur du pays malinké, Mory Kanté a commencé sa carrière à Bamako au sein du Rail Band où il a succédé à Salif Keita. C'est un superbe chanteur et un bon joueur de kora. Son "tube" international "Yéké Yéké" ne l'empêche de rester fidèle à la grande tradition épique mandingue. Il sait s'entourer des meilleurs musiciens du cru. Toumani Diabaté. Fils de Sidiki Diabaté, maître malien de la kora, Toumani est le premier à avoir sorti la kora de son rôle d'accompagnement pour en faire un instrument solo à part entière. Remarquable improvisateur, instrumentiste surdoué, il est toujours à l'affût d'une nouvelle rencontre et d'une nouvelle aventure musicale. Le Symmetric Orchestra qui offre une relecture des grands standards de la musique malinké et des compositions personnelles est son dernier projet en date. Ballaké Sissoko – Mama Draba. L'autre grand de la kora actuelle, Ballaké Sissoko, est un immense musicien. Discret et effacé, c'est un mélodiste raffiné et un improvisateur subtil. Il accompagne, entouré de jeunes et talentueux musiciens, une des meilleures griottes de Bamako, Mama Draba qui chante ici dans la pure tradition. Habib Koité, lui aussi d'origine griotique, a une approche contemporaine de la musique des anciens. C'est un "songwriter", un excellent guitariste au jeu moderne. Très populaire auprès de la jeunesse de Bamako, il a fait le tour du monde avec son orchestre le Bamada. Sékou Diabaté "Diamond Fingers". Avec Djelimady Tounkara, il est le maître de la guitare mandingue moderne. S'inspirant des instruments traditionnels (kora, balafon), il a su se forger un style reconnaissable entre tous et qui a inspiré tous les guitaristes africains. Un sens aigu de la mélodie, un toucher et un phrasé d'une grande élégance en ont fait un des princes de son instrument. |


