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El Hadj N'Diaye
L'oeuvre hardie d'un vrai dissident
Le Sénégal, qui a produit certaines des plus grandes et des plus émouvantes voix de la musique Africaine fait un nouveau cadeau au monde : El Hadj N'Diaye.L’écriture d’El Hadj N’Diaye brûle d'un feu littéraire dont même ceux qui ne comprennent pas la langue wolof percevront le caractère passionné et sensible de son chant. Du plus tendre murmure au cri d'angoisse viscéral, la voix d’El Hadj N’Diaye suscite une véritable émotion. Enfant, El Hadj N’Diaye vend des noix de cola sur le marché de Thiaroye-Gare, banlieue de Dakar pour aider ses parents. Puis, il étudie l’économie à l’université Cheikh Anta Diop. Mais il réalise vite que la composition et la chanson sont sa vraie voie. Parallèlement à sa carrière musicale, il joue dans deux films importants, Camp de Thiaroye et Guelwar, du célèbre réalisateur sénégalais Ousmane Sembène. El Hadj N’Diaye prend pour thèmes la corruption de l'Etat, les tortures infligées aux victimes du conflit en Casamance, aux Touaregs dans le nord du Mali, mais aussi l’amour, la vie... El Hadj N'Diaye a dirigé pendant plus de dix ans les activités artistiques d'une organisation non gouvernementale nommée Environnement, Développement et Action - enda. Il appelle son secteur SIGGI ENDA ART, siggi signifiant relever la tête en wolof. Son premier album international, THIAROYE, se distingue par un CHOC du Monde de la Musique en France. Puis N'Diaye joue et chante dans un autre film, Karmen, un remake de l’opéra CARMEN de Bizet, réalisé par le sénégalais Joseph Gaye Ramaka. L’action se déroule à Gorée et à Dakar. XEL est le deuxième album d’El Hadj N’Diaye, il obtient à sa sortie en 2001, l'une des plus importantes distinctions en France : "le Grand prix du disque de l'Académie Charles Cros" pour l'originalité de sa musique, et la qualité de ses textes. Pour de nombreux amoureux de la musique africaine, il est l'occasion de découvrir la musique et la voix d'or de ce poète du peuple. L'écriture alterne entre de fulgurants solos vocaux, de poignantes ballades acoustiques et le déferlement débridé de l'afropop sénégalais, le mbalax! Chez El Hadj N'Diaye, les textures musicales sont aussi variées que les thèmes, mêlant le balafon des griots mandingues aux claquements des percussions du djembe et aux déchaînements de la guitare rock. C'est l'oeuvre hardie d'un vrai dissident. Géej - nouvel albumVoici un chanteur « à textes », un conteur à « chants », pourrait-on dire. Dans le sillage de ces poètes, mémorialistes ou philosophes du quotidien, ce barde engagé, est une voix surgie, débordée, de son unique sujet: le réel. Ces "ballades" ne sont jamais que douces, elles piquent à un endroit. Leur sobriété est arrimée à une vigie, une voix intérieure implacable, un état d’alerte. Qu’il chante en français, en anglais (ou dans un japonais « wolofisé »), son laboratoire, c’est la rue, les petits métiers et l’invention de la vie au jour le jour. Sept ans après « Xel », le revoilà, avec la simplicité intacte de ses schémas guitaristiques, arpégés, verticaux. Il y a eu une dérive de la terre à l’eau, du local au monde, d’une banlieue de Dakar – le quartier de Thiaroye- à la mer : « geej ». C’est dans l’océan - rêve d’exil ou tombeau hostile, lieu de mémoire, de découvertes ou de perdition - qu’El Hadj va chercher des liens.Cette légende-ci, c’est celle de jeunots qui foutent le camp sur des pirogues de fortune. C’est un navire, le « djolla », symbole du désenclavement de la Casamance, (qui permettait d’amener marchandises et hommes à Dakar, sans passer par la Gambie) qui va se perdre dans les flots, un jour de retour de vacances, avec pas moins de 2000 personnes à son bord. C’est ce « sopi » (changement) tant attendu qui n’arrive jamais, placardé sur les murs d’un pays qui a le mal de mer. Les positions d’El hadj n’ont jamais été aussi claires : il pointe la corruption et les responsables sont nommés, quitte à faire des vagues. Les voix de Thomas Sankara – celui qui disait « que cette dette nous perdrait », celle de l’artisan de l’ombre - aux visions trop novatrices pour son époque - Cheikh Anta Diop, l’accompagnent. Du fond du Carbone 14 - unique laboratoire de physique nucléaire existant en Afrique noire- poursuivant ses recherches dans une totale solitude intellectuelle, il est celui qui a su avant tous qu’il fallait utiliser le soleil comme énergie, assumer ses choix, et fustiger le carriérisme. Il inspire à El Hadj ces pépites de chansons crues et douces… Et ces attaques de velours, qui savent aussi capter les choses de l’amour et faire miroiter le feu sous l’eau. - Emmanuelle Honorin
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