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Johnny Clegg


Johnny Clegg est né à Rochdale, Angleterre, en 1953, a été élevé au Zimbabwe, pays natal de sa mère, jusqu'à l'âge de neuf ans, puis la famille a émigré en Afrique du Sud.
À 13 ans, Johnny voit pour la première fois des danseurs zoulous dans la rue. L'année suivante il commence la guitare, et il rencontre Charlie Mzila, homme de ménage et musicien de rue zoulou. Pendant deux ans, Johnny apprend avec Charlie les bases de la musique zouloue et de la danse traditionnelle Inhlangwini.
Avec sa guitare, il accompagne Mzila dans tous les repaires des travailleurs migrants, des foyers aux débits de boissons clandestins. Mais son engagement avec des musiciens noirs l'amène souvent à être arrêté pour être entré sans autorisation sur des propriétés gouvernementales et pour avoir enfreint le Group Areas Act (la loi de l'Apartheid qui forçait les différentes races à rester dans leurs aires respectives de résidences et de récréation).
Dans ce paysage politique difficile et complexe, Johnny réussit à se creuser un chemin qui lui permet d'entrer dans le monde caché des travailleurs migrants zoulous. Ces hommes vivaient dans des foyers faits de grands baraquements à la périphérie de Johannesburg, la ville ayant un appétit insatiable pour la main d'œuvre noire à bon marché. Pendant cette période, Johnny devient peu à peu un joueur compétent de guitare zouloue dans la tradition Masikande (de l'Afrikaans "Musikant").
Sa réputation parvient aux oreilles de Sipho Mchunu, un travailleur migrant zoulou venu à Johannesburg en 1969 pour trouver du travail. Sipho était né à Kranskopo, dans le Natal, en 1951. Bien qu'il n'ait pas eu de formation musicale dans son enfance, il s'était fabriqué divers instruments de musique, son préféré étant une guitare à trios cordes construite à partir d'une boite de paraffine. Il était vite devenu adepte de la musique de rue zouloue et guitariste accompli. Plus tard il devait élargir les débouchés pour son énergie créative en formant une compagnie de danse traditionnelle zouloue. Sipho se renseigna donc sur ce jeune blanc qui dansait et jouait la musique de rue zoulou, et alla à sa rencontre, le défiant à la guitare. Ce fut la naissance d'une amitié et d'un partenariat musical qui allaient changer la face de la musique sud-africaine. En outre, Johnny jouait pour la première fois avec un musicien de rue de son âge: il avait seize ans et Sipho dix-huit. Ils se sont donc mis à travailler ensemble, subissant souvent injures racistes, menaces de violence et harcèlement policier. Comme les lieux où ils avaient l'autorisation de jouer étaient limités pas les lois de l'apartheid, ils devaient rester dans la rue et dans des espaces privés, comme les églises et les halls d'universités. Après le lycée, Johnny obtînt une licence en Anthropologie Sociale (avec honneurs), et poursuivit sa carrière académique pendant quatre ans, donnant des cours dans les universités du Witwatersrand et du Natal.
En 1976 Johnny et Sipho signent un contrat d'enregistrement important et leur premier succès: “Woza Friday”. S'ensuit une période de développement pendant laquelle Johnny creuse le concept de mettre paroles en anglais et mélodies occidentales sur des structures musicales zouloues. La formation de Juluka (sueur en zoulou) était en contravention totale avec les lois de ségrégation culturelles de l'époque, qui accentuaient la séparation des langues, des races et des cultures. (Juluka était le nom du taureau favori de Sipho, qui, comme tous les migrants, élevait un peu de bétail en zone rurale). Leur musique est donc censurée et bannie, et les tournées sont la seule façon de trouver un public. Leur premier album, "Universal Man", sort à la fin de l'année 1979.
Johnny Clegg et Sipho Mchunu lancent un deuxième album “African Litany” début 1981. Bien que leur travail soit très largement ignoré de la South African Broadcasting Corporation en raison du mélange de langues et de formes musicales occidentales et africaines, “African Litany” est l'album qui a fait découvrir le groupe, par le bouche à oreille et les concerts. “Ubuhle Bemvelo”, qui sort peu après, est chanté entièrement en zoulou mais mélange musique occidentale et africaine. En 1982 et 83, Juluka part en tournée aux USA, au Canada, en Angleterre, en Allemagne et en Scandinavie. En 1983, le groupe sort "Work for All", et fin 1984, “Musa Ukungilandela”.
Juluka se sépare en 1985, Sipho décidant de rentrer à la ferme où il est né, au Zoulouland. En 1989, Sipho demande à Johnny de l'aider à faire son album solo. Johnny finance et produit cet album, et Sipho tourne beaucoup en Afrique du sud et en France. Il enregistre un deuxième album avant d'arrêter sa carrière solo.
Après la dissolution de Juluka, Johnny forme un autre groupe, qu'il appelle Savuka, mélangeant musique africaine, musique traditionnelle celte et rock. La différence avec Juluka est qu'au lieu d'avoir deux guitares et un clavier le groupe a deux claviers et une guitare. La musique, plus mordante, reste très métissée mais va plus loin que Juluka en intégrant de nouvelles influences. Juluka était plus orienté zoulou local et folk-rock anglais, alors que Savuka s'appuie sur des styles de guitare d'Afrique centrale ou d'Afrique de l'Ouest, ainsi que sur de nombreux styles musicaux provenant de la scène pop-rock internationale. Le style est très éclectique, incluant même des influences orientales avec l'utilisation du sitar et du dotar..
Savuka se lance en 1986 à Johannesbourg, tenant l'affiche 5 semaines au Market Theatre. Le groupe est bien accueilli et Clegg fait une mini tournée en France. L'année suivante l'album Third World Child sort en France. En 1986 et 87 le groupe tourne beaucoup en Europe et acquiert bientôt un public, ce qui commence à se traduire en ventes d'albums. Fin 1987, Savuka est le premier groupe de world music à tourner dans les pays francophones. Ce succès s'amplifie en 1988 avec des ventes phénoménales, et fin 1989 Savuka atteint le million de disques vendus pour leur premier album, et leur deuxième en est à 700 000. Il y a même un moment où Savuka se retrouve en 1ère et 2ème position dans les classement avec les deux albums en même temps et, côté singles, "Asimbonanga" et "Scatterlings of Africa" sont en 1ère et 7ème place. C'est un accomplissement monumental pour ce groupe sud-africain salué en 1990 aux Victoires de la musique comme "artiste étranger ayant le plus vendu en deux ans". Sur le plan international, ils reçoivent aussi le World Music Award des meilleurs ventes d'albums. En 1990, ils sont en tournée pendant neuf mois, et en 1991, prennent six mois de repos… Savuka enregistre ensuite un quatrième —et dernier— album, qui est nominé pour un Grammy Award en 1993. Le groupe se sépare en 1994.
Johnny et Sipho commencent à penser à reformer Juluka, ce qu'ils font en 1996 lorsqu'ils rentrent en studio pour enregistrer "Crocodile Love", qui sort en 1997. “Crocodile Love” est un album aux influences diverses, reflet du large éventail de styles musicaux africains traditionnels et modernes qu'on peut entendre aujourd'hui en Afrique du Sud. Certains morceaux combinent avec énergie les styles de guitare zouloue traditionnelle et les rythmes du rock contemporain. Les chants zoulous traditionnels y ont une large place, et on y retrouve le fameux mélange de paroles en zoulou et en anglais de Juluka.
Pendant des années, Johnny a accumulé des chansons qu'il ne pouvait pas mettre dans les disques sur lesquels il travaillait à l'époque. Il a rassemblé toutes ces chansons —qui parlent de la vie au 21ème siècle: manipulations génétiques, culture numérique, survie des individus dans le nouveau millénaire… — dans l'album "New World Survivor" qui sort en 2002, avec une édition limitée de 2000 exemplaires dédicacés vendue sur son site.
À la même époque Johnny commence à s'investir dans les campagnes de lutte contre le sida. Il se produit dans des concerts organisés par le gouvernement norvégien en Corée du Sud, en Thaïlande et à Cape Town, prônant la prévention, l'utilisation de préservatifs etc. Il participe au premier concert du projet 46664 de la Fondation Nelson Mandela pour la lutte contre le sida en 2003, et y revient en 2004 et en 2005, se produisant en Afrique du Sud et en Norvège.
En 2004 on le retrouve en France pour la célébration du 10ème anniversaire de la démocratie en Afrique du Sud, et en tournée aux Etats-Unis. Le 31 décembre, il joue en plein air, à Nantes, devant 60 000 personnes, avant d'être nommé citoyen d'honneur de la ville par le maire. L'année 2005 est marquée par sa première tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande, et la préparation du nouvel album, "One Life", qui est sorti en octobre 2006 chez Marabi Productions/Harmonia Mundi Distribution.
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